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Philippe Grabli et Romain Suchet

Philippe Grabli et Romain Suchet

Président d'Oneida Associés - Associé de Pyksis

Par Philippe Grabli et Romain Suchet. Enjeux de gestion de crise, de transformation et de communication dans le contexte du Covid-19

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La crise sanitaire mondiale que nous subissons actuellement tend à rebattre certaines cartes en matière de communication et de gestion de crise pour les entreprises françaises.

Depuis presque un mois, les entreprises font face à des enjeux autrefois minorés mais qui prennent tout leur sens aujourd’hui : le risque sanitaire et le renforcement des politiques de prévention pour assurer la continuité de l’activité. Tout ceci dans un contexte où l’opinion publique, les médias et les entreprises elles-mêmes ont mis à l’honneur le courage et l’adaptabilité de leurs salariés (notamment dans la grande distribution, la logistique, les industries essentielles…) et où les entreprises affrontent des difficultés économiques malgré l’instauration par le gouvernement d’amortisseurs sociaux.

Devant cette situation, nos clients nous interpellent principalement sur trois aspects :

  • Comment communiquer efficacement sur le respect des gestes barrières ou toutes autres mesures à mettre en place pour éviter la prolifération du Covid-19 au sein de l’entreprise ?
  • Comment valoriser ces femmes et ces hommes qui chaque jour vont au travail la peur au ventre de se retrouver contaminés – et par extension leur foyer – mais qui le font par conscience professionnelle et citoyenne ?
  • Comment, dans un contexte de fortes difficultés économiques, actuelles ou à venir, poursuivre une activité de production alors que des droits de retrait surviennent massivement ?

Sur ces sujets, de bonnes pratiques ont émergé. Ainsi, dans le secteur de la grande distribution, confronté à un double enjeu – assurer la sécurité de leurs salariés et de leurs clients – les entreprises ont été obligées de réagir très rapidement. D’un point de vue opérationnel, la pose d’écrans de protection, le filtrage à l’entrée ou le nettoyage renforcé des chariots, paniers ou terminaux de paiement ont laissé place aux doutes des salariés. En réponse, les enseignes ont adapté le temps de travail des collaborateurs, imposé un remplissage des rayons avant l’ouverture des magasins et valorisé le courage des salariés en interne et à l’externe auquel s’est ajoutée l’octroi d’une prime de 1 000€.

Malgré la mise en place des politiques sanitaires, des entreprises industrielles se trouvent aujourd’hui face à la décision de salariés d’exercer un droit de retrait, lorsqu’ils ne peuvent bénéficier du télétravail. Sur ce point, le retour d’expérience a montré que seules les entreprises qui avaient fait le choix de négocier avec leur CSE / Organisations Syndicales l’activité partielle et/ou la poursuite de la production sous conditions, avant les premiers cas avérés, réussissaient à maintenir une activité. Sur la base de négociations hebdomadaires, les partenaires sociaux réévaluent l’ouverture ou la suspension des activités.

Pour d’autres secteurs enfin, le maintien de l’activité est passé par la mise en œuvre très rapide du télétravail alors que de nombreuses entreprises en étaient aux prémices sur ces sujets. Cette crise aura été l’opportunité de raccourcir les délais de réflexions et de se lancer « pour de vrai » dans cette méthode de travail.

Essayons enfin de nous projeter sur l’après-crise et sur les impacts que ces nouveaux enjeux auront dans le domaine des transformations d’entreprise, cœur de métier du Groupe Oneida.

La sortie de crise apporte davantage de questionnements sur le rôle que les entreprises auront à jouer que de réponses claires. Ce qui semble sûr c’est qu’une demande « en responsabilité » des entreprises venant à la fois des pouvoirs publics et de l’opinion publique sera formulée. Dans ce contexte, la « responsabilité » s’entend par la participation aux efforts de modernisation de l’infrastructure de la santé publique, à la reconstruction de l’économie et au maintien de l’emploi « quoi qu’il en coûte ». Ainsi, à n’en pas douter, les chartes éthiques et la RSE devront être valorisées davantage dans la stratégie d’entreprise à travers par exemple, le financement des hôpitaux publics, l’engagement sur la filière française ou encore le maintien de l’écosystème local (sous-traitants, fournisseurs, etc.).

Cette crise du Covid-19 va imposer aux entreprises de s’adapter de manière très structurante à de nouvelles conditions de marché, forcément en rupture, avec des risques d’impacts sociaux forts.

À court terme, les transformations qui s’engageront sur un motif de « sauvegarde de la compétitivité » risquent d’être plus difficilement entendables. Dans un moment où de nombreuses entreprises souffrent de ce ralentissement ou arrêt d’activité, où malheureusement un certain nombre d’entre elles vont se retrouver en redressement judiciaire, deux types de transformation seront réalisées conjointement :

  • Les transformations « urgentes », visant la survie des entreprises les plus affaiblies, au bord du dépôt de bilan ;
  • Les transformations « structurelles » qui se poursuivront pour accompagner des stratégies à moyen/long terme, mais qui devront obligatoirement prendre en compte les leçons de cette crise ; et la nécessité pour les organisations de se doter de moyens renforcés pour y faire face à l’avenir.

Sans jouer les oracles, quelles latitudes auront les entreprises pour conduire leur projet de transformation post Codiv-19 ? 

A la fin de cette crise, les entreprises seront confrontées à un paradoxe important. D’un côté, l’État comptera, et le fera savoir, sur la responsabilité sociale des entreprises, en leur recommandant fortement de ne pas se réorganiser, et encore moins de licencier. C’est dans cette optique d’ailleurs qu’il a instauré et financé une partie de l’activité partielle, un report de charges et une caution sur les emprunts. De l’autre, pour pallier les pertes considérables induites par cette période de confinement, les actionnaires et plus globalement les marchés financiers pousseront les Directions vers des restructurations d’ampleur.

Pour certains secteurs d’activités très fortement et durablement touchés (énergie, automobile, aérien, événementiel…), la nécessité de se transformer pour surmonter leurs difficultés économiques pourra être comprise au regard de la gravité de la situation. Pour d’autres qui souhaiteraient néanmoins poursuivre leur politique de transformation planifiée sur plusieurs années, des besoins importants d’explication et de pédagogie devront être déployés, faute de quoi le nom de l’entreprise sera très vite associé aux « opportunistes de la crise ». 

La réalité économique reprendra « ses droits », nous le savons bien, mais le pilotage par les directions d’entreprises rentables de leurs plans de transformation risque, pour certaines d’entre elles, d’être plus complexe post Covid-19.